Françaises, n’épousez pas d’Africain !

lasvegas
Il y a un peu plus de six mois, j’ai tout quitté en Suisse, pour m’installer aux États-Unis avec celui qui est désormais mon époux.
Étant tous les deux écrivains, moi un peu moins que lui sans doute, nous avions naturellement plusieurs amis communs. C’est la journaliste et critique littéraire Amandine Glevarec qui nous a présentés l’une à l’autre. C’est un Camerounais mais je n’avais jamais vu que le Français en lui ; c’est un Africain, mais à mes yeux c’était avant tout un Américain.
Aujourd’hui, je m’envole pour des vacances en France. Depuis l’aéroport JFK de New-York, toute seule, c’est à son africanité que je pense. Toute seule en raison des errements de l’administration d’une part et de mes privilèges non cessibles de Blanche d’autre part. Je devais rejoindre mon fils en France, en compagnie de mon homme : la France m’a sommé de choisir. Il y a un coût social à aimer un Africain, je me sens punie, de passer seule des moments si précieux.
En l’espace de deux mois, mon mari s’est vu refuser deux fois un visa Schengen pour la France. Pour chacune des deux demandes, nous avons voyagé de Columbus jusqu’à Chicago (six heures de route aller, six heures de route retour). En tant que mon conjoint, il n’a plus à payer de frais de visa. Excellent, m’étais-je dit a priori. Avant qu’il ne me confie en me demandant de ne pas le dire trop haut pour ne pas donner de mauvaises idées aux enseignants africains : en tant que professeur de français, il est suivant les propres termes des lois françaises déjà dispensé de frais de visa. A aucun moment en conséquence, mon mari qui a eu son doctorat à l’Université Grenoble-Alpes en 2018, qui a au cours des cinq dernières années bénéficié tour à tour d’un visa national français, d’un visa national suisse, et de plusieurs visas Schengen, n’aurait imaginé qu’on puisse lui refuser un visa (touristique) :

  1. A cause d’un prétendu défaut d’assurance- santé (ma seule assurance, c’est la sienne, dont il bénéficie en raison de son statut de professeur de l’État de l’Ohio). Il paie mensuellement 200 dollars pour son assurance et son employeur, The Ohio State, paie la même somme. Lui en aurait-on donne l’occasion qu’il aurait acheté à 30 dollars sur Internet une assurance conforme à la loi du consulat de Washington.
  2. A. cause d’une prétendue absence d’empreintes digitales que n’a pas relevées le prestataire VFS : mon mari a si souvent été dans les chancelleries européennes ces dernières années que même en inspectant les meubles du Consulat de Washington, on devrait pouvoir y trouver ses empreintes.

Les frontières administratives et les barrières du mépris
Le consul de Washington, auquel le consul adjoint de Chicago, avec bienveillance, nous a référés, semble se prendre pour un ambassadeur, comme si son job, consistait exclusivement à boire du champagne et manger des petits fours dans des événements mondains. Il n’y a qu’à le voir, tout fier sur twitter, on se croirait dans la pub Ferrero Rocher. Il a pris une semaine pour répondre à un courrier où je disais clairement que j’étais en détresse. Il m’a écrit pour m’accabler, sans un seul mot de fraternité : je n’étais plus qu’une demandeuse de visa et non pas une française de l’extérieur régulièrement immatriculée.
Je veux porter le témoignage de mes privilèges, moi migrante pour raison matrimoniale, mes privilèges qui sont supérieurs à ceux de mon époux y compris dans mon nouveau statut adossé au sien, y compris en ne travaillant pas, y compris en profitant de son assurance maladie en tant que son épouse. J’ai un visa de cinq ans, quand le sien est de six mois, renouvelable à chaque sortie du territoire américain. Cela se fait, pour être exact, en fonction d’accords bilatéraux. La politique des privilèges peut aboutir à des situations frisant l’absurde : Pour avoir le droit de résider de manière permanente avec lui aux États-Unis, j’ai demandé et obtenu (en deux jours !) un visa F2, le chiffre 2 signifiant la dépendance au visa principal F1.
Alerte privilège ! Des dispositions bilatérales font que le visa F délivré à un Français ou une Française vaut pour toute la durée de ses recherches, en général cinq ans. Quand bien même la durée réelle de la formation ne serait que de trois ou quatre ans, le visa est toujours délivré pour cinq ans. Mon conjoint a un visa de six mois, alors que moi, sa conjointe, qui dépends de lui (F2) et, du reste, ne mène pas d’études, je détiens un visa de cinq ans, au titre de mon appartenance nationale française. Ma nationalité dont je n’ai pas honte protège ou rehausse mes autres privilèges personnels (conjointe). Quant à mon mari, a contrario, sa nationalité (Cameroun) hypothèque ses efforts, sa vie et son statut d’humain pouvant aller et venir.
A quoi sert la reconnaissance administrative de notre famille (le livret de famille) si dans la pratique on la dédaigne, en nous faisant traiter par des partenaires (VFS Global) payés par nos impôts, mais insusceptibles de nous respecter ? Pour la Suisse, pays où j’ai vécu 6 ans, le consulat gère les demandes en ligne, la présence du demandeur n’est pas toujours nécessaire. En France, les services ont été externalisés, ajoutant aux traitements déjà réputés mauvais des consulats français dans le monde, les services d’un prestataire (indien) pire encore : la double peine !
Le sentiment anti-français est une invention récente, tout à fait dans l’air du temps : la France serait une victime de la détestation africaine. Pourtant, bien souvent il n’y a pas plus grogneur, plus révolutionnaire, en un mot plus anti-français qu’une Française ou un Français. Donnez-nous, chers consuls de France, du mépris, nous ferons remonter de l’amertume.
Vive la France, vive la république, mais surtout vivement la révolution !

Prune Essono Tsimi

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